1917 : Un tour de force au coeur des tranchées

Cinéma / Séries

Loin des standards de films de guerre habituels, Sam Mendes s’approprie le genre et peint en un plan séquence, une fresque bluffante de la guerre la plus meurtrière du 20e siècle.

Percutant. Un pied en dehors de la salle et c’est le premier mot qui vient à l’esprit. Avec 1917, Sam Mendes, qui a pourtant l’habitude des blockbusters survitaminés à l’image de ses deux derniers James Bond, prend les attentes du public à contre-pied. Pas de scènes de combat épique, oubliez les héros invincibles. Le réalisateur préfère s’en éloigner pour présenter une odyssée avec un synopsis simple.

Deux jeunes soldats de l’armée anglaise, Schofield (George McKay) et Blake (Dean-Charles Chapman) ont pour mission de délivrer un message au-delà des lignes allemandes, pour sauver 1600 vies. Si le scénario parait simpliste, la réalisation elle, est inouïe. Le film est une suite de longs plans séquences reliés adroitement les uns aux autres. Si l’idée semble inconcevable, le rendu est complètement bluffant. Mieux encore, il offre au film un nouveau souffle, l’inscrivant dans la droite lignée du Soldat Ryan. Du côté des acteurs, l’ensemble de la troupe offre une performance impeccable. Au même rythme que son personnage, George MacKay (Captain Fantastic) se révèle complètement à travers cette oeuvre. Il délivre une partition tout en finesse, donnant à son personnage une sensibilité troublante. 

Sam Mendes donne à ses acteurs ses dernières instructions

Une technique irréprochable

La première demi-heure permet à l’ambiance de s’installer, offrant des scènes d’une puissance visuelle rare. Mais c’est à la fin de ces trente minutes, que le long-métrage attrape le spectateur pour ne plus jamais le lâcher. Le ton même du film se modifie légèrement pour devenir plus un « survival» qu’un long-métrage de guerre à proprement parlé. Ce ne sont pas les combats qui sont pertinents, mais tout ce qui se passe autour. Sam Mendes promène librement sa caméra à travers tout le paysage, peignant une fresque sans concession de la Première Guerre mondiale. Il fait de l’objectif, son personnage principal.

Des tranchées à la charge des soldats, des blessures aux morts par centaines, le réalisateur n’omet aucun détail. C’est aussi cela qui fait la réussite du film. Sa précision. En arrière plan, il se passe toujours quelque chose, tous les soldats sont constamment en mouvement. L’immersion est totale. Le rythme plus calme, qu’offre le plan séquence, permet à Sam Mendes de créer aussi de véritables moments de poésie. Avec son travail sur la lumière, sur la contradiction entre l’état physique et mental du personnage et la beauté de l’image, Sam Mendes dépasse le simple film de genre. Le choix d’une musique parsemée à de rares instants du film, finit de compléter l’image pour faire frissonner le public. 

Les dix nominations aux Oscars de 1917 ne sont pas là par hasard. Si la majorité sont surtout des récompenses techniques, il n’en reste pas moins que le film va s’imposer comme une référence du genre. Il incitera peut-être les prochains blockbusters à laisser vivre l’image, poser une véritable ambiance, plutôt que de se reposer sur un montage dynamique qui n’apporte, si ce n’est un certain divertissement, aucun parti pris artistique. 

Alexis Gourret

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s