Scandale : chronique d’un film essentiel mais légèrement bancal

Cinéma / Séries

Cette semaine, Charlize Theron, Nicole Kidman et Margot Robbie jouent les journalistes et présentatrices télévisées pour la caméra de Jay Roach dans Scandale. Un film ambitieux certes, mais auquel il manque un certain effet « Wow ».

Jusque-là, le réalisateur ne s’était jamais frotté à un scénario aussi risqué, restant souvent dans les rangs des comédies américaines. Cette fois-ci, il fait un virage à 180 degrés, en s’alliant à la défense des femmes dans le monde du travail. Aux commandes de la production on compte notamment Charlize Theron, qui incarne l’un des personnages principaux : Megyn Kelly.  Scandale retrace l’histoire véritable de cette vedette de télévision et de Gretchen Carlson, à qui Nicole Kidman a prêté ses traits, deux présentatrices de la chaîne conservatrice Fox Newsqui décident d’attaquer leur puissant patron Roger Ailes. Le motif ? Elles l’accusent de harcèlement et de chantage sexuel. Mais peu sont celles qui prennent leur parti. Exceptée une, qui se réveille : Kayla, une jeune journaliste pleine d’ambition, interprétée par Margot Robbie. À croire que la solidarité féminine n’a jamais existé. Au sein de la chaîne américaine, bien qu’il ne soit pas le big boss, c’est lui, Roger Ailes, qui fait la pluie et le beau temps et qui peut décider de faire décoller une carrière ou sinon de la détruire en claquant des doigts. Extrêmement respecté voire craint, personne avant n’a jamais pris le risque de s’en prendre à lui. Et pour cause : si une femme ose parler, elle peut voir ses plans de carrières détruits à jamais. Des conséquences qui effraient notamment Megyn Kelly, une femme qui n’a pourtant pas la langue dans sa poche lorsqu’il s’agit de débattre à l’antenne. Charlize Theron incarne si bien la présentatrice qu’elle est en lice pour l’Oscar de la Meilleure Actrice.

L’histoire commence lorsque le comportement du PDG auprès de l’une de ses présentatrices, Gretchen Carlson, commence à devenir bien trop pesant. Celle-ci fait ainsi appel à des avocats afin d’attaquer Ailes en justice. Cela fait d’ailleurs plusieurs mois qu’elle travaille sur le dossier afin de s’apporter de la crédibiltié dans son témoignage… 

Scandale se passe durant la période électorale aux États-Unis en 2016, alors que tout le pays se demande si Donald Trump va récupérer le pouvoir. Les premières scènes nous embarquent avec un humour décalé, avec des regards caméra et des personnages qui s’adressent à nous afin de nous faire entrer dans les bureaux Fox News. Mais cette fraîcheur s’estompe rapidement, au rythme de l’histoire qui s’assombrit peu à peu. 

L’affaire Weinstein n’a pas encore éclaté et pourtant, les langues féminines commencent à se délier. Notamment au sein de Fox News, une chaîne populaire, conservatrice et très anglée Républicain. Mais il n’est pas simple de parler : la direction a le droit de mettre les téléphones sur écoute et si on décide d’attaquer une telle chaîne, il y a 99% de chances de ne pas retrouver d’emploi. Une angoisse permanente qui est incroyablement transmise à l’écran. Et s’il y a d’ailleurs une chose que l’on ne peut enlever au film de Jay Roach, c’est cette ambiance si tendue durant les quasi-deux heures du long-métrage. La caméra ne cesse de filmer les personnages de Theron, Kidman et Robbie en plans serrés, offrant un jeu franc et juste. L’objectif ne cesse de zoomer, puis dézoomer. Une manière d’imager l’incertitude qui plane durant tout le film quand au sort des personnages ?

En analysant Scandale de fond en combles, on reconnaît au film de nombreuses qualités, comme un rythme qui se tient tout le long (on ne voit pas le temps passer) et des actrices bluffantes, ne serait-ce qu’au niveau de leur transformation physique pour coller au maximum à leurs personnages. Bien sûr, il ne faut pas oublier de dire à quel point Margot Robbie donne une âme au film. Son personnage, Kayla, est le seul à avoir été inventé de toute pièce, bien que son histoire soit inspirée de nombreux témoignages au sein de Fox News. Elle apporte tant de relief à l’histoire !  Au premiers abords, son personnage de pratiquante évangéliste républicaine, au look trop américain pour être vrai peut sembler le moins croustillant. 

Et pourtant, c’est à travers elle que les émotions sont transmises au public. Kayla est notre fil rouge tout le long de l’histoire, afin de réaliser comment sont traitées de nombreuses femmes à l’embauche dans le bureau de Roger Ailes, derrière une porte fermée à double tours. En clair : il leur fait subir l’inimaginable. Ce qui est d’autant plus troublant lorsqu’on voit à quel point il se comporte de manière admirable auprès de ses présentatrices en public, en prenant leur défense et en les protégeant face à des attaques de toutes sortes. Mais à quel prix ! Le PDG au double visage est interprété par John Lithgow, également grimé pour les besoins du rôle. Avec un regard atrocement pervers, qui scrute la plastique de ses présentatrices, en leur demandant de tourner sur elle-même et de lever leur jupe, il donne une dimension sombre, qui fait froid dans le dos, tout le long du long-métrage.

Malgré de gros points forts que l’on peut attribuer à l’ensemble de Scandale, il est difficile de sortir de la salle en gardant un bon nombre de scènes en tête. Un sujet fascinant et essentiel comme celui du harcèlement sexuel au travail ne donne pas obligatoirement un résultat sans faute. Il manque ce quelque chose qui pourrait véritablement nous donner une claque. Hormis deux scènes puissantes et frissonnantes que nous offre Margot Robbie, qui avait déjà été bluffante dans Moi, Tonya, il faut bien avouer que le film peut rapidement virer au bancale. Notamment des scènes qui manqueraient presque de piquant, malgré un jeu d’acteur qu’on peut qualifier d’époustouflant.

Pauline Knaff

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