Netflix crée la polémique autour de « Mignonnes », le film coup de poing de Maïmouna Doucouré

Cinéma

C’est un film qui interpelle sur l’hypersexualisation des pré-adolescente dans notre société. Pourtant, « Mignonnes », le premier film de Maïmouna Doucouré, a fait l’objet de nombreuses critiques à cause d’une affiche provocante diffusée par Netflix.

Maïmouna Doucouré, jeune scénariste et réalisatrice franco-sénégalaise, n’imaginait sans doute pas ce genre d’exposition médiatique pour son premier film Mignonnes. Au départ pourtant, la sortie du film se présentait sous les meilleurs hospices : il était même attendu comme le Messie par le cinéma français. Féministe, percutant, osé et touchant, Mignonnes est un « cri d’alarme » poussé par Maïmouna Doucouré pour dénoncer l’hypersexualisation des prè-adolescentes.

La réalisatrice Maïmouna Doucouré entourée de ses jeunes actrice (de gauche à droite ) :
Ilanah cami-goursolas , Fathia Youssouf et Esther Gohourou © Berzane Nasser/ABACA

Un problème sociétal épineux

Amy (surnom d’Aminata), jouée par Fathia Youssouf, est une jeune fille de 11 ans déchirée entre deux cultures. Pour échapper à un drame familial : l’union de son père (toujours mariée à sa mère) avec une autre femme, Amy se lance dans la danse. Spoiler alert : on est loin des pointes et des tutus…

Le film en mettant en lumière une période charnière et peu exposée de la vie d’une jeune fille : le passage de l’enfance à l’adolescence, dénonce un des tabous de notre société : le fantasme de la femme-enfant, et la naissance des enfants-femmes.

Ce qui a poussé Maïmouna Doucouré à prendre à bras le corps ce problème sociétal épineux ?  Une sombre affaire datée de 2018, au cours de laquelle un homme de 28 ans, accusé d’avoir eu des relations sexuelles avec une enfant de 11 ans, avait été acquitté par la Cour d’Assises de Seine-et-Marne au motif que la petite fille, qui avait déjà posté des photos dénudées sur internet, aurait été consentante…

Le mea culpa de Netflix

A l’ère des réseaux sociaux, de la télé-réalité et du booty-shake la question de l’hypersexualisation des prè-adolescentes mérite d’être posée. Sauf que voilà, si le film est sortir en France, au cinéma, le 19 août dernier, le géant du streaming, Netflix, doit attendre le 9 septembre pour pouvoir le diffuser. Et c’est là que tout dérape : pour promouvoir ce film coup de poing, la plateforme choisit une affiche différente de l’originale, une affiche qui va faire scandale.

Sur Netflix, le titre du film est traduit et devient « Cuties » et l’affiche est… beaucoup plus subjective.

Côté synopsis, la description américaine n’est pas mieux : la plateforme annonce Cuties comme racontant l’histoire d’Amy, 11 ans, avide d’explorer sa féminité et de défier ses traditions familiales grâce au twerk… On est loin du combat féministe soutenu par la réalisatrice.

Hier jeudi 21 août, Netflix s’est excusé sur Twitter pour cette affiche « inappropriée » qui a poussé de nombreuses personnes à demander le retrait du film de leur site, estimant qu’il faisait la promotion de la pédophilie. En choisissant cette image des jeunes actrices en tenues et positions sexy, la plateforme a fait exactement ce que l’oeuvre de Maïmouna Doucouré dénonce…

Une erreur promotionnelle qui entache la réputation d’un film tendre et puissant, qui invite à repenser notre société et la place qu’on y laisse aux jeunes filles. Rappelons que Mignonnes a reçu le prix de la meilleure réalisation au festival Sundance et a obtenu la mention spéciale du jury à la Berlinale… Et ça n’est vraiment pas pour rien !

Clotilde Boudet

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